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N° 00203 nov. 2026· Subir

Blaise, barman : « Épanoui la nuit, la clientèle est différente. »

Premier des entretiens de la série Fraternité silencieuse. Blaise raconte pourquoi la nuit lui va, comment il dort d'un seul bloc après le service, et ce que le jour ne lui offre plus depuis longtemps.

Blaise tient le bar du Central depuis onze ans. Service de 19h à 4h, cinq soirs sur sept. Je l'ai rencontré un mardi, à l'heure où la salle se vide et où il essuie les verres sans y penser, par automatisme pur.

« Les gens qui viennent le jour, ils sont pressés, ils regardent leur montre. Ceux qui viennent après minuit, ils sont là parce qu'ils ont décidé d'être là. Ça change tout dans la conversation. » Il raconte les habitués du bout de comptoir, les infirmières qui finissent leur garde et passent boire un verre avant de rentrer, les insomniaques chroniques qui préfèrent parler à un inconnu plutôt que fixer le plafond.

Sur le sommeil, il est catégorique : « Je dors d'un bloc, sept heures, de 5h à midi. Jamais de réveil au milieu. Le jour, sur les rares fois où j'ai dû me lever tôt, je fragmente, je me réveille toutes les deux heures. La nuit, mon corps sait que rien ne va venir m'interrompre — pas de livreur, pas de voisin qui perce, pas de téléphone. » Ce sommeil ininterrompu, il le doit à un rituel strict : rideaux occultants, téléphone en mode avion, et la même chanson instrumentale en fond, chaque matin, depuis six ans.

Ce qu'il ne retrouve plus dans le jour, dit-il, c'est une forme de lenteur. « Le jour, tout le monde optimise son temps. La nuit, personne ne fait semblant d'être pressé. » Fin de l'entretien, retour au comptoir : un dernier client attend son verre, il est 3h47.